Phénomène sectaire… les nouveaux gourous du spirituel

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Manipulation mentale / Emprise mentale :
un système d’accrochage dans le couple Gourou/Adepte

 

Voilà quels sont leurs supports pour berner, manipuler et abuser ! outre la PNL (programmation neuro linguistique).

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La maitrise de soi et la confiance en soi permet d’écarter toute forme de manipulation mentale.

Par le Collectif SFRAEM (Société Française de Recherche et d’Analyse de l’Emprise Mentale)

De nombreuses recherches sont notamment réalisées ou en cours à l’université du Québec à Montréal, et de nombreux articles et ouvrages publiés par des spécialistes Nord-Américains, psychanalystes, psychologues, psychothérapeutes, psychiatres et médecins légistes, chacun ayant de nombreuses années de pratique dans l’écoute ou la prise en charge des victimes directes ou indirectes de dérives sectaires.

De retour du Congrès International ICSA (International Cultic Studies Association), qui s’est tenu ce mois à Montréal, nous avons pu constater combien la question de la manipulation mentale, de l’emprise, de ses mécanismes et de ses conséquences cliniques, médico-légales, judiciaires, socia­les, familiales, professionnelles, … nous occupent tous quotidiennement à travers le monde.

Tous les conseillers en sortie d’emprise mentale (exit counselors) présents, les chercheurs, les juristes, les thérapeutes, se sont retrouvés pour évoquer leurs avancées, leurs difficultés, échanger leurs expériences.

Cette croisée de regards pluridisciplinaires depuis différents continents permet un enrichissement substantiel de nos réflexions.

En langue anglaise, le type de manipulateur à l’œuvre dans la dérive sectaire est nommé Cult Leader, ce qui nous renvoie à la notion de doctrine et de charisme, d’un être qui se présente comme supérieur par un discours particulier, et qui va tenter de prendre le contrôle de la vie, des liens affectifs, de la vie sexuelle et / ou professionnelle quelquefois, de ses adeptes.

Cette relation de Domination /Soumission, est toujours à l’initiative du leader qui, en fondant sa doctrine, nourrie de sa propre problématique psychique, de ses troubles psychologiques voire psychiatriques, de son histoire familiale, de ses fantasmes, va induire un lien pathologique avec le sujet qu’il souhaite capter, puis capturer.

Souvent, nous utilisons le terme de « prison mentale », afin d’illustrer ce mode d’incarcération psychique, aux barreaux virtuels qui va au delà d’une peine puisque seul le gourou, ou ses relais, peut décider des entrées et des sorties dans son groupe.

Toute sortie personnelle ne peut se faire que dans la fuite, certains s’échappant de nuit ou quittant le groupe sous de faux prétextes, ne pouvant pas affronter l’ire et les menaces de ce « guide pathologique » et la désapprobation pénalisante du groupe.

Il n’existe pas de modalités de sortie qui soit un accord entre les deux parties, excepté dans le cas du handicap, de la maladie ou de la vieillesse que nombre de groupes sectaires excluent.

Cette emprise contamine tous les champs de la vie ; du quotidien, de l’intimité, des relations intersubjectives, de la vie professionnelle, et du temps libre consacré au groupe et donc au leader qui veille à être honoré chaque jour par chacun qui lui doit obéissance aveugle et vénération de la doctrine et des croyances internes au groupe.

Chacun s’emploie à soutenir l’idéal défini par le chef, qui dicte les projets, les besoins, les moyens, le temps à y consacrer.

Cette prise de contrôle de l’existence de ses adeptes, s’opère au quotidien par le biais de rituels, de réunions, de projets quelquefois pharaoniques.

Par ailleurs, le leader n’est jamais seul, excepté quand il le décide lui même. Il est ainsi positionné en tant que « sachant », détenteur d’un savoir, il répond il ou tance chacun, en fonction de ses propres attentes de ses propres besoins, toutes les attentions vont converger vers lui, il est placé au centre des préoccupa­tions chacun quêtant une remarque positive, une préférence…

Chacun vient ainsi répondre  temporairement à sa probléma­ti­que personnelle et remblayer cette faille narcissique qui est au cœur du phénomène de l’emprise qui l’anime.

Des jalousies s’expriment dans cette mini société, dans laquelle un certain nombre de troubles de la personnalité sont présents, tant du côté du manipulateur que du côté de ses adeptes.

Il existerait donc, d’après nos nombreuses années de prati­que clinique, ce que nous avons défini comme « un système d’accrochage », entre ce que le gourou va proposer comme doctrine, sa thématique, ses modalités, ses enseignements, le type de groupe qu’il va animer autour de lui, son fonctionne­ment hiérarchique, son système de sanctions, … et le sujet, qui vient avec son histoire, son propre fonctionne­ment psychique, son individualité que le leader va venir capter, valoriser puis déliter peu à peu.

L’entrée dans un groupe de ce type occasionne chez le sujet futur adepte, un renoncement rapide à son propre système de valeurs, afin d’entrer dans le désir du Maître ou de ses relais.

Un abandon de ses liens initiaux qui se retrouvent conspués car tout ce qui vit à l’extérieur est diabolisé par le leader qui rend l’extérieur hostile et menaçant afin d’activer une partie des mécanismes en jeu dans la manipulation et de maintenir la cohérence de ce groupe.

Chacun y trouve donc à l’instant de la rencontre un intérêt et non un consentement car ce dernier n’est pas éclairé, en effet, le sujet ne connaît jamais le but final de cette rencontre qui est toujours l’escroquerie financière et / ou physique et / ou sexuelle, la jouissance, la toute puissance d’un pouvoir exercé sur un ou plusieurs autres.

Cette rencontre pathologique va permettre l’installation d’une relation particulière avec le leader et de relations régres­sives à l’intérieur du groupe, où rivalités, délations, surveillance, sont en jeu, activées par le dominateur qui dissimule, divise, règne sans partage et invente au fur et à mesure des justifications, produit des mensonges afin de faire tenir cet équilibre instable où chacun vient se perdre pensant se trouver.

Ces relations pathologiques semblent être la rencontre de fragilités en lien avec des problématiques familiales vécues difficilement par le futur adepte ou de sujets en état de sujétion amoureuse qui vont ainsi suivre le conjoint dans une aventure à laquelle ils n’adhèrent pas toujours initialement.

Dans ces rencontres, la spiritualité, l’ésotérisme, l’ufologie, les notions de puissances supérieures, d’organisations supranationales, … sont toujours présentes.

Le leader utilise une thématique de cette nature, quelquefois il en mélange plusieurs afin de faire vivre une vibration particulière dans le groupe, ces croyances actionnées en permanence permettent également la péren­nité du système d’accrochage.

En effet, elles fédèrent un lieu occulte dont ils seraient les initiés, un axe de doctrine commun, elles manient les fantasmes, les peurs, les problématiques imaginaires scopiques* et permettent au gourou de contrôler encore davantage, chacun se croyant observé dans ses tâches et ses missions quotidiennes, ce qui relaie indûment le gourou, et ce qui signe sa présence.

Ainsi, sans être présent physiquement il donne ses consignes à distance, n’apparaissant jamais dans les différentes manœuvres, prenant ainsi moins de risques judiciaires par exemple.

En diligentant des missions, il distribue les rôles, les responsa­bi­lités et active compli­ci­tés et inimitiés. Ce fonctionne­ment groupal permet également  le maintien de l’emprise mentale car ces situations renforcent les liens entre les différents protagonistes.

Il utilise les tempéraments, les personnalités, les troubles de chacun et c’est là son principal talent ; l’utilisation des fragilités et des compétences de chacun en fédérant un groupe qui se vouera à sa personne ; qui l’accompagnera dans sa problématique, qui le rendra supérieur.

En effet, il ne faut pas négliger l’apport du groupe pour son gourou sur le plan personnel, en permettant cette jouissance, le sujet adepte nourrit ses fantasmes, ses exigences, et lui permet d’exprimer librement sa problématique.

Ce couple gourou / adepte et la mise en place du système d’accrochage ne nécessitent pas nécessairement une privation alimentaire ou de sommeil, en effet certains articles évoquent systématiquement cet item, alors que nos recherches nous ont conduit à ne pas rencontrer cet élément dans certains groupes.

Cet item, tendrait à faire perdre au sujet victime sa part de responsabilité ou de jouissance dans le processus même de cette emprise mentale, alors que nous vérifions sur le terrain combien chaque adepte accroché l’est en regard de son propre fonctionnement psychique et non seulement en fonction des manipulations du groupe.

C’est pourquoi nous parlons de couple comme en criminologie car chacun semble agir sur l’autre dans l’échange qui s’opère ici.

De même, tous les adeptes ne sont pas isolés socialement, en sachant que leur véritable lien social est exclusif au groupe,  beaucoup poursuivent une activité professionnelle, néces­saire à la survie du groupe financièrement et au train de vie du gourou, beaucoup peuvent suivre des programmes de télévision, écouter la radio, il n’existe pas à proprement parler de rupture des liens avec l’extérieur, certains liens sont coupés, ceux qui importent directement au leader mais pas nécessairement tous.

Il nous semble important de reprendre ces éléments qui sont souvent énoncés mais qui ne correspondent plus totalement à la réalité, car de nombreux groupuscules qui utilisent la manipulation mentale ne fonctionnent plus de façon aussi caricaturale.

Le gourou tient ainsi son groupe par différentes techniques, par différents mécanismes, qui tous conduisent à la réduction de l’esprit critique d’un certain nombre, mais pas nécessairement par son abolition totale.

Au contraire, nous constatons souvent qu’un certain nombre d’adeptes se rendent compte à partir d’un certain moment des subterfuges, mais ils ne peuvent se désolidariser pour autant, d’autres facteurs entrant alors en ligne de compte.

Les phénomènes de groupe sont à l’œuvre et participent totalement au maintien  de l’emprise distillée par le gourou, ils s’ajoutent à la manipulation des sentiments de doute, de culpabilité, de peur, qui conduisent à cet état de soumission initial du sujet.

L’exit counseling (Conseil en sortie d’emprise mentale) permet de mettre en mouvement cette prise de conscience du sujet, afin qu’il puisse se ressentir victime de l’organisation qui l’a manipulé ou du gourou, de la gourelle, à l’origine de sa perte identitaire.

En rompant délicatement l’état de soumission, l’exit counseling (conseil en sortie d’emprise mentale) propose au sujet victime de manipulation mentale pendant souvent de nombreuses années, de se reconnecter à sa réalité, sans attendre que cette sortie d’emprise ne se fasse quand lui même a atteint les limites de sa tolérance à cette soumission, car ce processus peut prendre des décennies, voire ne jamais exister et l’adepte resté prisonnier de situations intolérables physiquement, psychiquement, sexuellement,… sans que jamais il ne ressente le courage ou la capacité à s’extraire de ce groupe.

Quelquefois « ce déclic » s’opère seul, le sujet étant confronté à l’intolérable, ce qui engendre un décillement qui est salvateur car il va laisser émerger le doute, qui va fissurer l’emprise, mais ce retour à la réalité, s’il est trop rapide et non accompagné peut être suivi d’un raptus anxieux qui peut conduire le sujet au suicide ou le plonger dans un état dépressif majeur par exemple.

Il n’existe cependant pas de cas connu de passage à l’acte à  l’encontre du manipulateur, en réaction à cette révélation qui n’est que le premier temps logique de la sortie.

La question de l’assistance à ces personnes exposées à un danger se pose donc, quand un praticien, un spécialiste de la santé, un membre d’une association, des parents, des enfants, des conjoints… ont connaissance d’une telle situation, qui alerter ? Quelle action mettre en place ?

Ces adeptes sont-ils en danger ? Si oui de quelle manière ?

Commettent-ils des actes pou­vant entraîner leur responsa­bilité civile ou pénale ?

Y participent-ils volontairement ou leur discernement est-il partiellement ou totalement aboli ?

Ces questions sont au cœur de tous les procès auxquels nous sommes amenés à participer en tant que spécialistes et de toute notre réflexion dans le cadre de notre travail.

Notre réflexion et notre recher­che, autour de la question de l’emprise mentale, est dynamique car chaque nouvelle dérive rencontrée et analysée, nous permet de renforcer ou d’interroger nos théories cliniques, de nous renvoyer à la question de la personnalité et des liens unissant le leader à son adepte, de la capacité ou l’incapacité de chacun à être un jour sujet d’une dérive sectaire.

Nos échanges avec les différents spécialistes de chaque pays concerné nous permettent de confronter nos points de vue, de partager nos recherches en cours et  d’évoquer la situation française, à travers des congrès internationaux auxquels nous avons décidé de participer activement. 

* scopique : (psychanalyse) relatif à une pulsion qui met en scène la dialectique entre « regarder » et « être regardé », en particulier lors du développement de la phase du miroir (Lacan).

Et dans la spiritualité ???

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Une soumission librement consentie

Les expériences rapportées dans cette étude autorisent à conclure que « l’on peut obtenir d’autrui qu’il se comporte comme on le souhaite, sans avoir recours à l’autorité, aux pressions, ni même à la persuasion. On peut donc exercer une telle influence sur autrui sans que celui-ci ait à mettre en doute cette liberté qu’il a appris à considérer comme l’un de ses attributs essentiels ».

 L’individu engagé est un individu libre ou qui se sent libre. C’est la raison pour laquelle Joule et Beauvois ont proposé pour désigner ce phénomène le concept paradoxal de soumission librement consentie.

 Ces expériences de psychologie sociale et les théories qui en découlent bouleversent les schémas traditionnels qui donnent la primauté au cognitivisme (à la persuasion) pour modifier avec succès les comportements des individus.

 Et pourtant, depuis longtemps déjà, la sagesse populaire nous en avait avertis : il y a risque à « mettre le doigt dans l’engrenage » !…

manipulation

 Sonya Jougla
Psychologue clinicienne, psychothérapeute, victimologue

 Sonya Jougla travaille depuis 25 ans avec des victimes de secte, elle s’est rendue elle-même dans des sectes pour décrypter les techniques de manipulation. Le processus est souvent le même dans les sectes : les recruteurs séduisent et flattent l’ego du futur adepte. Ensuite, la personne est affaiblie physiquement (sommeil et alimentation fortement réduits), black out total pour créer le manque et déstructurer le mode de pensée et enfin endoctrinement.
Tout le monde peut basculer et se faire manipuler par un groupe ou un individu à un moment précis de sa vie. On ne s’en sort que lorsque l’éthique personnelle est touchée

 Tout d’abord, il y a l’adepte psychologiquement fragile » ensuite, il y a l’adepte qui recherche pouvoir et connaissance à travers la secte qui le comble et lui promet qu’il sera différent du commun des mortels. Ainsi il appartiendra à une élite et ne sera plus confondu dans la masse. Les connaissances qui lui seront révélées sont d’avant-garde et pas encore connues « ici-bas ».

Les gourous font en sorte de justifier votre présence et de vous faire sentir que vous êtes indispensable. 

Alors quel est le profil du « vrai » manipulateur ?

Il y a trois sortes de personnes qui pourraient devenir des gourous. Les maîtres à penser. Ce sont des chefs de file, ils n’ont pas véritablement besoin de pouvoir. Ensuite, les escrocs. « Je vais profiter de la crédulité des gens et prendre des sous ». Soit, ils disjonctent car ils se rendent compte que cela peut leur apporter beaucoup d’argent et créent une secte, soit ils laissent tomber.

Il y a enfin les grands malades et ceux qui vont développer leur maladie grâce aux adeptes. Ce sont les paranoïaques (la plupart des gourous), et les pervers narcissiques. Ils manipulent tout en ayant l’air d’être gentils, c’est plus fin que la paranoïa.

Pour avoir un tel besoin de pouvoir, il faut être abîmé, ces manipulateurs n’ont pas su ou pas pu se construire. Le manipulateur ne peut exister que s’il trouve une victime. C’est un couple infernal car le manipulé renforce le manipulateur dans sa maladie. Le groupe amplifie la domination.

Et comme il y a tout le poids de l’invisible, c’est invérifiable. Le manipulateur peut alors réaliser tous ses fantasmes, les plus pervers, au nom de cette croyance imaginaire.

Contrairement à la manipulation qui peut être ponctuelle, l’emprise s’installe dans le temps au point de créer « une véritable relation pathologique ».

Ce type de relation peut advenir dans tout rapport humain dès qu’il existe « une interaction entre deux ou plusieurs individus ou groupes d’individus ».
Elle peut s’exercer dans le couple, dans les familles, les institutions mais aussi dans les sectes…

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L’accrochage d’un futur adepte par un gourou ou par ses représentants suit les « phases » de l’emprise : séduction, isolement, captation, culpabilisation.

Méfiance  donc avec les :  « je vous aime grave !!! »  –  » mes amours etc… »

L’auteur s’interroge : à quel moment le libre arbitre devient-il dépendance psychique ? Pourquoi des adultes intelligents et cultivés se laissent-ils prendre ? Elle répond à cette dernière question par le fait que les personnes de très bon niveau intellectuel sont d’autant plus vulnérables qu’elles sont convaincues d’être rationnelles et donc capables de résister à la suggestion et à la manipulation.

 » Promenons-nous dans les bois (spirituel)
tant que le gourou n’y est pas « 

 

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